30 000 postes supprimés. Un e-mail envoyé à 6h du matin. Aucun préavis du manager. Accès coupés dans la foulée. C’est ce qui s’est passé chez Oracle le 31 mars 2026.
Un e-mail signé « Oracle Leadership »
À un jour près, ça passait pour un poisson d’Avril. Ce matin-là, des milliers de salariés d’Oracle aux États-Unis, en Inde, au Canada, au Mexique et en Uruguay découvrent un message dans leur boîte mail. Le contenu est bref : leur poste est supprimé dans le cadre d’un « changement organisationnel plus large ». Leur dernier jour de travail ? Le jour même. Leur accès aux systèmes internes ? Déjà coupé.
Pas d’entretien préalable, pas de conversation avec un responsable RH. En quelques heures, LinkedIn et Reddit se remplissent de témoignages d’anciens salariés, comme le rapporte CNBC.
L’ampleur des coupes
Les analystes de TD Cowen estiment que les suppressions touchent entre 20 000 et 30 000 personnes, soit environ 18 % des effectifs mondiaux d’Oracle, qui comptait 162 000 salariés en mai 2025. En Inde, 12 000 postes auraient été concernés. Des profils variés sont touchés : ingénieurs confirmés, architectes, chefs de projet, managers.
Côté indemnités, les salariés américains se voient proposer quatre semaines de salaire de base, plus une semaine par année d’ancienneté, dans la limite de 26 semaines. Les stock-options (RSU) non acquises sont perdues immédiatement.
Un contexte financier pourtant favorable
Oracle n’est pas en difficulté. Le dernier trimestre affichait un bénéfice net en hausse de 95 %, à 6,13 milliards de dollars, et des revenus en progression de 22 %. Les engagements contractuels futurs dépassaient les 500 milliards de dollars.
Plusieurs analystes avancent une hypothèse : ces coupes seraient liées à la stratégie d’expansion massive dans l’infrastructure IA, un programme évalué à 156 milliards de dollars. Oracle a levé 50 milliards de dollars en dette et capital en janvier 2026, et son cours de bourse a reculé de 25 % depuis le début de l’année. Selon TD Cowen, la suppression de 20 000 à 30 000 postes pourrait dégager 8 à 10 milliards de dollars de trésorerie. Oracle n’a pas confirmé publiquement les raisons précises de cette restructuration, selon The Next Web.
Pas de licenciement comme ça en Europe
En Europe, ce type de licenciement collectif par simple e-mail à 6h du matin, avec coupure immédiate des accès et sans consultation préalable, serait effectivement illégal dans la plupart des pays. Le droit européen impose généralement une consultation des représentants du personnel, un plan social, des délais de préavis bien plus longs, et un accompagnement des salariés (reclassement, etc.). En France par exemple, un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) serait obligatoire pour des coupes de cette ampleur, ce qui prend généralement plusieurs mois. La manière dont l’annonce a été communiquée fait d’ailleurs l’objet de critiques, y compris de la part de spécialistes RH.