Le 10 mai, à la clôture de la 125ᵉ édition du Concours Lépine, c’est un robot sous-marin imaginé en Haute-Vienne qui a remporté le vase de Sèvres, la plus haute distinction du concours fondé en 1901. Derrière la médaille, une vraie invention et un modèle économique à part.
Le sacre d’un inventeur limousin
Alan Mario D’Alfonso Peral est monté chercher le Prix du Président de la République pour Mr Turbino, un robot sous-marin autonome qui collecte déchets plastiques et microplastiques sans perturber la vie marine.
La technologie est sa singularité. Un aspirateur classique fonctionne avec une hélice et une aspiration continue, ce qui happe poissons, alevins et débris vivants au passage. Mr Turbino s’appuie sur un vortex à basse pression, breveté. Pas d’hélice, pas de turbine brutale, juste un mouvement d’eau maîtrisé qui attire les particules tout en laissant la faune circuler. Conséquence directe : l’appareil peut être déployé près des herbiers et des zones sensibles, là où les opérations de nettoyage sont habituellement délicates.
Le contexte aide. Les microplastiques ne sont plus une préoccupation lointaine. On en retrouve dans les poumons, les artères, la chaîne alimentaire. Le sujet est devenu sanitaire autant qu’environnemental.
À noter dans le même palmarès : le 2ᵉ prix pour Skwheel, les premiers skis électriques sur roues signés Antoine Massebeuf. La cuvée 2026 confirme la vitalité de l’invention française.
Derrière la médaille, un modèle économique à creuser
C’est là que l’histoire devient intéressante pour les entrepreneurs. Un Grand Prix Lépine ouvre des portes, près d’une invention primée sur deux est historiquement commercialisée, mais il ne fait pas un business. Ce qu’Alan Mario D’Alfonso Peral a construit autour de Mr Turbino, via son association Recyclamer, c’est un montage à trois étages plutôt finement pensé.
Premier étage : le financement participatif citoyen. Le programme « Adopte un Mr Turbino » permet à des particuliers et à des entreprises de financer un robot, puis de suivre en direct ses missions. L’engagement devient traçable et tangible, ce qui manque à la plupart des dons et campagnes RSE.
Deuxième étage : la gratuité ciblée pour les utilisateurs terrain. Les centres de plongée et les associations de nettoyage des océans accèdent au robot gratuitement. C’est-à-dire ceux qui sont sur l’eau tous les jours et qui parlent à toute la communauté plongée. Une stratégie de déploiement classique en SaaS, appliquée à un objet physique.
Troisième étage : la donnée. L’application Recyclamer Ocean Tracker cartographie chaque mission et mesure les volumes collectés. C’est cette couche data qui transforme un robot en plateforme, et qui rend l’outil bankable côté collectivités, ports et marques engagées.
Ajouter à cela une implantation à Limoges, sur la technopole ESTER, et l’on tient un cas d’école : une deeptech construite hors de l’axe parisien, avec un modèle qui ne dépend pas d’une seule source de revenus.
L’enjeu désormais est connu. Convaincre les ports, les collectivités du littoral et les professionnels de la mer qu’un nettoyage sous-marin doux et ciblé est préférable. Le Lépine donne une visibilité rare. À l’équipe de la transformer en contrats.
Le Journal des Entrepreneurs souhaite à Alan Mario D’Alfonso Peral, à l’association Recyclamer et à toute l’équipe de Mr Turbino une belle continuation.